C’est quoi ta cause ?

Voici une autre facette de la « Journée internationale de la santé mentale »

On a vu, comme a l’habitude, en cette période de l’années, le géant de télécommunication Bell lancer sa campagne de financement « Bell cause pour la cause ». La visibilité créée par cette sponsorisation permet d’interpeller les gens sur la dite problématique et contribue même a créé un sentiment de validation chez certaines personnes affectées par la problématique en question. Dans le cas présent: la santé mentale, de même que la stigmatisation qui s’y rattache. Attention, la présente critique ne concerne pas les gens qui participent de bonne foi à cette initiative, encore qu’il y a de la mauvaise foi venant de certains politiciens, qui possèdent les leviers de l’État, mais se contente trop souvent d’appuyer simplement « share », plutôt que de réellement prendre la mesure de la problématique. C’est évident qu’en tant que citoyen, notre pouvoir sur la santé publique est très limité et devons bien souvent nous contenter de ce genre d’initiatives pour espérer avoir un impact.

Mais, il y a un autre coté à cette initiative. Premièrement, Bell y gagne une visibilité probablement aussi grande, que celle qu’elle offre à la  »cause ». Cette visibilité vient à un coût réduit, vu que les dons faits aux différents organismes soient déductibles d’impôt. Cela ne réduit pas les coûts du dit don à zéro bien sûr, mais cela agit à titre d’incitatif. C’est comme avoir un rabais sur de la charité. Qui plus est, nous croyons que la meilleure manière pour un citoyen corporatif de participer est de payer sa juste part d’impôt et de montrer l’exemple, en traitant de manière exemplaire, ses employés. De plus, ça ne devrait jamais être une équipe de marketing qui décide quels sont les projets financés pour régler un problème de santé publique, au risque de voir des causes moins sexy, mais tout aussi importante, être négligées, pour des raisons évidentes d’image.

Deuxièmement, ce genre de campagne publicitaire, appelons-la comme ça, correspond à ce qui est appellé, dans les milieux anglophones inspiration porn. L’expression « porn » ici réfère à la manière dont ce genre de campagne est consommé par son publique cible: pour se sentir bien, sans faire un effort particulier. Car tel est l’effet de la charité : de déculpabiliser la personne qui donne, de la faire se sentir bien avec elle-même. Cela a également comme effet de rappeler à ceux qui ne sont pas concerner de se rappeler à eux-mêmes leur propre privilège, leur propre « chance ». Il s’agit d’une pratique particulièrement déshumanisante. Encore une fois, on ne pointe du doigt les gens qui participent à cette campagne, ou tout autre campagne de charité. Ça reste le seul levier qu’on nous dit posséder, individuellement, pour « faire quelque chose » dans un monde où on érige en totem la « responsabilité individuel », quelque chose qu’on devrait, avant tout considérer, comme une problématique de santé publique. 

Par contre, l’existence des personnes ayant des problématiques de santé mentale, celles des handicapés, ou celle des autre minorité, n’a pas à servir de rappel à la majorité la chance qu’elle a de ne pas être comme la minorité. Être vraiment solidaire d’une cause, c’est de se regarder en face et analyser en quoi nous pouvons faire parti du problème (et Bell n’est pas sans reproche dans cette matière). C’est aussi d’accepter de se déconstruire. En tant qu’individu. En tant qu’institution. En tant que société. Et c’est précisément ce que Bell évite de faire en faisant des dons.

Bell n’examine jamais en quoi son modèle d’entreprise on de gestion contribue à la problématique dont elle se prétend solidaire. Cet étalement d’intention est justement ce qui permet d’éviter de faire face au résultat. Quand les résultats accusent, les moyens excuses.

Quand on est vraiment solidaire d’une cause, mieux vaut commencer par ne pas faire partie du problème avant de faire partie de la solution. On commence par soi.

Maintenant, notre pouvoir, en tant que citoyen, c’est d’exiger des politiciens des actions concrètent, en matière de santé mentale. Via des investissements, mais pas que. Il faut que les décideurs se mettent à l’écoute des professionnels du milieu et travaille avec eux. C’est aussi important de travailler sur les autres aspects de la santé mentale, adopter des politiques visant à réduire les facteurs de stress de la population et permettre à celle-ci d’adopter de meilleures habitudes de vie (mieux manger, faire du sport, travailler moins, passer plus de temps avec sa famille, entretenir ses amitiés, avoir du temps pour soi, etc.) et ça, ça passe par des changements majeurs et d’aborder des concepts comme la productivité, la croissance économique ou la réussite à tout prix.

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